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Statue de Saigo Takamori
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Arrêt 1 sur 10 · ~5 min

Statue de Saigo Takamori

Saigo Takamori mena l'armée de Meiji qui prit cette colline en 1868, avant de mourir en dirigeant sa propre rébellion contre ce même gouvernement en 1877 ; la statue en bronze de 1898, œuvre de Takamura Koun, le représente délibérément en tenue décontractée, promenant son chien plutôt qu'en uniforme.

L'histoire

Vous vous tenez sur une colline qui a connu bien des défaites, et chaque fois qu'elle perdait, le terrain finissait par être rendu au public. Aujourd'hui, Ueno ne ressemble pas à un champ de bataille, mais à un parc : des arbres, un étang, une file d'attente pour le musée, la circulation tranquille d'une ville un jour de congé. C'est là tout le paradoxe de ce lieu. Ce que vous arpentez a été disputé, affamé, et reconstruit plus d'une fois, chaque défaite étant reconvertie en un espace utile à tous : un parc, une collection d'art, un marché né de la nécessité. Au cours des deux prochaines heures, vous descendrez les six kilomètres qui séparent cette crête des rues en contrebas, en suivant ce schéma à chaque étape : un terrain perdu, puis ouvert. Ce n'est pas une promenade solennelle. Ici, les décombres se transforment en infrastructures, et ces infrastructures finissent par devenir une rue vendant des répliques de nourriture en plastique étrangement réalistes. Commencez ici, au sommet de la colline, et laissez-vous guider jusqu'en bas. Le champ de bataille se trouve sous vos pieds.

Regardez-le : un homme trapu en kimono ample et sandales de paille, manches retroussées, promenant un petit chien en laisse. Pas d'épée levée, pas de cheval, pas d'uniforme, pas de socle orné de scènes de bataille. Si vous ne connaissiez pas son nom, vous le prendriez pour un oncle en promenade du soir. C'est exactement l'effet recherché par les concepteurs de la statue.

Il s'agit de Saigo Takamori, et ce côté décontracté n'est pas dû au hasard. Il a commandé l'armée impériale qui a pris cette colline en une seule journée en 1868. Les hommes qu'il a vaincus sont enterrés à quelques pas derrière vous, une histoire que nous aborderons à l'étape suivante. Neuf ans après cette victoire, Saigo a levé sa propre armée contre le gouvernement qu'il avait aidé à bâtir, a perdu, et en est mort. Un général victorieux sur ce même sol, devenu un rebelle perdant partout ailleurs : c'est le destin de presque tous ceux que ce parc commémore. C'est aussi là que commence la logique de cette visite. Chaque fois que cette colline perd une bataille, quelqu'un transforme le terrain en un espace public, et la première victime de ce cycle est l'homme qui se tient sur ce piédestal.

Le bronze a été érigé en 1898, vingt et un ans après la mort de Saigo, par Takamura Koun, le sculpteur sur bois et bronze le plus en vue de la cour de Meiji. Koun et ses commanditaires ont délibérément choisi le kimono et le chien, malgré les objections de ceux qui voulaient un général en uniforme sur un cheval. Un Saigo en uniforme aurait été un monument à la rébellion ; un Saigo promenant son chien Tsun pouvait être perçu comme un simple excentrique local bien-aimé. Ce vêtement fait office d'excuse politique que le gouvernement lui-même n'a jamais tout à fait réussi à formuler.

Même le visage est une conjecture. Aucune photographie fiable de Saigo n'a survécu — selon la plupart des témoignages, il n'en a jamais pris de son vivant, évitant de poser. En 1883, six ans après sa mort, l'graveur italien Edoardo Chiossone, qui ne l'avait jamais rencontré, fut chargé de produire un portrait définitif pour l'État. Travaillant à partir de témoignages plutôt que de photos, il aurait combiné la partie supérieure du visage du frère cadet de Saigo avec la partie inférieure de celui de son cousin, puis a ajusté le résultat selon les souvenirs des membres de la famille jusqu'à ce qu'ils le jugent ressemblant. Cette reconstruction est devenue le modèle pour cette statue et pour toutes les images de Saigo dans les manuels scolaires depuis — un visage construit par comité, une génération après ceux qui l'avaient réellement vu.

Ce qui nous amène à l'anecdote que tout le monde raconte sur l'inauguration. On raconte que la veuve de Saigo, Itoko, aurait regardé le bronze achevé en marmonnant que son mari n'avait jamais ressemblé à ça, avant qu'un proche ne lui demande de se taire. C'est une belle histoire, peut-être vraie, bien que les historiens ne soient pas certains qu'elle ait assisté à la cérémonie. Certains pensent que sa plainte, si elle a eu lieu, concernait la tenue indigne plutôt que le visage ; selon eux, Saigo était très à cheval sur les apparences en public, loin de cette silhouette débraillée en peignoir. Plus personne ne peut trancher, ce qui est le propre d'un monument bâti sur des souvenirs de seconde main.

La politique derrière le pardon compte aussi. Après l'effondrement de la rébellion, Saigo est mort marqué comme traître pendant douze ans. En février 1889, dans le cadre de l'amnistie marquant la nouvelle constitution impériale du Japon, l'empereur a rétabli son rang à titre posthume et a blanchi son nom. Ce revirement est la seule raison pour laquelle un homme ayant pris les armes contre l'État a obtenu une statue dans un parc que l'État venait de construire. Remarquez, en continuant, à quel point il a l'air ordinaire face à cette histoire : un chien, un kimono, une colline couverte de cerisiers derrière lui, et sous tout cela, un premier perdant que le gouvernement a fini par pardonner suffisamment pour le mettre sur un piédestal.

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